Quelle ne fut pas ma surprise en ce 21 février, à la lecture de cette annonce.
Décrétée en 1977, l’interdiction de chasser est aujourd’hui encore appliquée, et a permis de sauver de l’extermination quelques espèces comme l’éléphant, cible de choix en raison de l’ivoire très prisée. Seulement, au Kenya, la situation est aujourd’hui paradoxale. Des parcs ont été créés, certains entièrement clôturés. Mais autour de ces parcs, de nouveaux villages se sont installés, poussant comme des champignons jouxtant parfois même la clôture du parc comme aux abords du parc de Nakuru ou ailleurs. Cette surpopulation grignote sur les zones vierges et les conflits avec les animaux se font de plus en plus importants. Entre temps, les éléphants pour ne citer qu’eux, ont vu aussi leur populations s’accroître, protégés à l’intérieur des parcs, mais ces pachydermes, incapables de migrer et de voguer vers d’autres terres, clôture oblige, sont trop à l’étroit. La faim les tenaille car le parc n’était pas prévu pour autant d’individus. A Shimba Hills dans le sud de pays, le parc avait une capacité de 200 pachydermes, ils sont aujourd’hui 700... Alors ces géants brisent les clôtures, comportement on ne peut plus normal pour quiconque meurt de faim et sent les bonnes odeurs légumineuses du potager voisin. Un vrai casse tête pour les responsables du KWS (Kenya Wildlife Service) qui doivent d’une part résoudre les conflits surgissant entre hommes et animaux, mais aussi protéger cette faune emblématique et par ailleurs protégée et menacée. Tout le paradoxe de la situation, c’est que ces mêmes éléphants sont par ailleurs une espèce menacée dans leur ensemble. En 1970, 2 500 000 éléphants parcouraient le territoire africain, quarante ans plus tard, ils ne sont plus que 300 à 400 000, autant dire l’ombre d’eux même. La cause : le braconnage pour l’ivoire. Si aujourd’hui les éléphants sont à l’étroit, c’est aussi parce que la croissance démographique est telle que la nature sauvage en dehors des parcs se réduit à une peau de chagrin alors que faire ?
Est-ce que la reprise de la chasse et tout ce que cela implique en matière de reprise du braconnage et du trafic de l’ivoire (qui soi dit en passant sévit toujours et trouve un appui auprès de certains pays, il suffit de voir les débats à la Cites et les décisions prises relatives aux éléphants) est une réelle solution ?
N’est pas aussi et surtout un moyen trouvé par le président du Kenya pour renflouer les caisses d’un pays en proie à une crise économique particulièrement violente ?
Aujourd’hui, les parcs kenyans ont peu de moyens pour travailler, mais cette chasse - pompe à dollars, ne va-t-elle pas amener avec elle une corruption encore plus intense, le retour du trafic d’ivoire et à terme, la fin des éléphants... ?
E. Grundmann