Source de nourriture, de matériaux de construction (fanons et côtes) et d’huile pour l’éclairage et le chauffage entre autres, les baleines ont probablement été chassées depuis la préhistoire. Des peintures rupestres datant du Paléolithique figuraient probablement déjà cette pratique. Cependant, au 19ème siècle, la chasse traditionnelle maniant le harpon à la main se substitue à une chasse industrielle. Auparavant, les baleines subissaient une simple chasse de subsistance de la part de certains peuples côtiers dépendant de ces grands mammifères marins pour survivre. Tout était en effet utilisé dans la baleine. Mais étant chassées à la main, seul un petit nombre était tué annuellement. Tout bascule en 1870 avec l’invention du canon lance harpon. De 150 baleines tuées dans les eaux japonaises par exemple, on passe rapidement à plus de 1000 grands cétacées et bientôt les baleines disparaissent des mers baignant le Japon et le même scénario se répète ailleurs. Très vite, de nombreuses espèces de baleines se voient menacées de disparition et l’homme continue la chasse et l’intensifie en construisant des stations baleinières, notamment au Pôle Sud, la première ouvrant ses portes en 1904, dans l’Antarctique . De quelques centaines de baleines capturées, le nombre passe en dix années à plusieurs milliers. Puis en 1925, les premiers navires-usines voient le jour. Ces bateaux très rapides disposent désormais des capacités nécessaires pour sillonner les eaux du globe, notamment l’océan Antarctique, où se réfugient de très nombreuses baleines.
Les baleines représentent un formidable enjeu économique au 19ème et dans le 20ème siècle naissant. La viande certes est intéressante, vu les grandes quantités fournies par une seule prise mais d’autres parties des baleines sont au moins autant prisées si ce n’est plus. L’huile tirée de la graisse par exemple. Avec celle du cachalot, on lubrifie des mécaniques de précision, crucial en cette ère industrielle naissante. Quant à l’huile de rorqual, comme la baleine bleue qui par individu fournit près de 30 tonnes d’huile, elle est utilisée pour l’éclairage urbain. Les fanons se transforment en ‘baleines’ pour les parapluies et les corsets, les intestins finissent en cordages et l’ambre gris, très recherché, est utilisé en parfumerie pour fixer les parfums. Mais, au milieu des années 1930, c’est la catastrophe. D’innombrables navires russes, britanniques, allemands, norvégiens, japonais ou danois tuent baleine après baleine. La demande d’huile, de fanons ou d’ambre est très forte et en pleine croissance, cependant, en 1940, plusieurs espèces de baleines sont menacées d’extinction. Les eaux de l’Antarctique ont des allures de charnier. Face au dramatique constat montrant l’effondrement des populations de grands cétacées, la commission baleinière internationale est crée en 1946 comme garde fou. Cependant, la toute puissante industrie baleinière ne veut rien entendre des protestations de la CBI et la chasse continue de plus belle dans le but de faire toujours plus de profits. En 1965, la CBI interdit la chasse à la baleine bleue, mais les baleiniers ont plus d’un tour dans leur sac et ils vont tuer d’autres espèces plus petites, en grand nombre comme les marsouins ou les dauphins. Si certains pays abandonnent la chasse baleinière, d’autres redoublent d’activité comme les Russes par exemple qui, en 15 ans, massacrent, de manière illégale, plus de 90 000 baleines. En 1975, l’association de protection de la nature Greenpeace envoie un zodiac s’interposer entre le canon-harpon d’un baleinier russe et une baleine. Mais le navire tire malgré tout, manquant le bateau mais pas le cétacé. Cependant, ces images d’une eau rougie par le sang de la baleine harponnée font le tour du monde et choquent l’opinion internationale. En 1985, avec un million de signatures, Greenpeace parvient avec la CBI à faire voter un moratoire interdisant la chasse baleinière et en 1994, l’océan austral devient un sanctuaire pour les baleines. Cependant certains pays comme la Norvège ou le Japon continuent de chasser. Entre 1987 et 2001 ce sont plus de 5000 baleines de Mincke qui ont été tuées, au cœur du sanctuaire de l’océan austral. Ces pays utilisent une faille dans la CBI qui notifie qu’il est cependant, malgré le moratoire, possible de tuer quelques baleines dans le but de recherche scientifique. Mais de recherche, il n’est pas réellement question puisque la viande de ces baleines se retrouve finalement vendue dans les supermarchés japonais en boîte ou en barquette pour faire des sushis. Et quelles études nécessitent que depuis plusieurs décennies on tue des centaines voire des milliers de baleines ? Par ailleurs, il faut savoir que la viande de baleine, dauphin, globicéphale ou marsouin est très mauvaise pour la santé et les supermarchés ou restaurants ne devraient pas avoir le droit de la vendre. En effet, elle contient de forts taux de métaux lourds comme le mercure mais aussi des pesticides tel que le DDT à cause de la pollution très importante des océans. Aussi, lorsqu’aux îles Feroë, les habitants se targuent de continuer à pratiquer une chasse traditionnelle lorsqu’ils massacrent des centaines de globicéphales également appelés dauphins pilotes, n’est-ce pas une tuerie gratuite puisque cette viande est immangeable et hautement toxique Aujourd’hui, le Japon, la Norvège mais également l’Islande continuent de chasser les baleines, et font pression sur la CBI et sur ses membres afin de rouvrir officiellement cette chasse au mépris des menaces pesant sur ces espèces. Ne doit-on pas voir dans ce bras de fer une action plus politique qu’un réel enjeu économique ? Ce serait en tout cas le cas pour l’Islande qui en annonçant sa volonté de rouvrir la chasse obtient une écoute de la part de la communauté internationale. Un moyen pour ce petit pays de dire que malgré leur taille et leur discrétion, il ne se plieront pas aux bons vouloir et aux pression économiques de grandes puissances (comme les Etats-Unis qui ont depuis plusieurs années des vues sur l’Islande, pays particulièrement intéressant d’un point de vue énergétique du fait d’une géothermie abondante) et qu’ils ont leur mot à dire et souhaitent être entendus. En attendant, les baleines sont les grandes perdantes de ce bras de fer géopolitique et économique. Et si, aujourd’hui, la chasse à la baleine reste malgré tout réglementée, ce n’est pas le cas de celle de nombreuses espèces de petits cétacés comme les dauphins. Chaque année par exemple, 17 700 marsouins de Dall sont massacrés dans les eaux japonaises et leur chair est ensuite vendue sous l’appellation ‘viande de baleine’. Enfin, l’écotourisme baleinier qui consiste à aller observer de très près les grands mammifères marins ne voit pas d’un très bon œil la demande insistante de reprise de la chasse par plusieurs pays, notamment l’Islande ou ce tourisme est très prisé et développé. Une preuve de plus que protéger les baleines peut aussi être avantageux financièrement sur le moyen et le long terme, adressée à tous les sceptiques qui ne voient dans la biodiversité qu’une source de revenus à court terme par le biais d’une exploitation destructrice.