Le verdict est tombé : Kokopelli est condamné. Alors que le grenelle de l’environnement clamait haut et fort plaider la cause de la biodiversité, cette petite association attachée à sauver le patrimoine naturel et historique constitué par des variétés anciennes de fruits et légumes, tombées pour beaucoup dans l’oubli, est aujourd’hui lourdement condamnée... pour vente illégale de semences et pratiques dangereuses. Ah, tiens, c’est donc dangereux de produire et de vendre des graines de courge Giraumon Galeux d’Eysines, de panais de Guernesey ou de tomates noires de Crimée ? C’est étrange, vendre en libre service divers engrais ou pesticides au sein des grandes enseignes semble bien plus périlleux et pourtant cette pratique est, elle, totalement légale ! Derrière ce procès aux allures de mascarade se cache une réalité très économique. En effet, la FNPSP (Fédération nationale des industriels de la semence et plants) et le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences) à l’origine de la plainte contre Kokopelli ne sont autres que des marionnettes agitées par de grands groupes semenciers (Limagrain, Syngeta et Monsanto notamment) à la recherche de profits et d’un monopole sur les semences et produits associés. Le chef d’accusation de ces deux entités dont l’une, le GNIS, se situe sous l’égide du Ministère de l’Agriculture : Kokopelli distribue des variétés de plantes non inscrites dans le catalogue national. Crée en 1932 par l’état, ce catalogue répertorie les différentes variétés afin d’éviter que deux semences différentes soient vendues sous le même nom par exemple. Pour être inscrite, une nouvelle variété doit satisfaire une certain nombre de critères et dans le cas des semences ‘agricoles’ apporter un progrès agronomique et/ou technologique selon les termes mêmes du GNIS. Aussi, comme cet organisme l’explique, les variétés anciennes de légumes ne pouvaient être inscrites car pas assez homogènes (eh oui, des graines naturelles ne sont pas hyper calibrées, c’est cela la nature !). Cependant, désormais il existerait une liste annexe, gratuite d’accès pour ces variétés anciennes (une gratuité toute relative puisque chaque inscription d’une variété coûte en réalité 246,79 euros selon le tarif en vigueur en 2007...). Pourquoi donc attaquer Kokopelli ? Parce que cette association fait office de poil à gratter et promeut l’agriculture biologique et la diversité biologique contrairement à ces deux entités pilotées par des ténors de l’agriculture intensive, de l’agro-chimie des pesticides et des OGM. Comment expliquer par exemple que quinze variétés de maïs OGM dont le maïs Monsanto MON 810 sont répertoriées sur ce catalogue pour ne citer qu’un exemple de chimères génétiques ? Est-ce cela la protection de la biodiversité ? En attendant, Kokopelli a été condamné à verser 12 000 euros au grainetier Baumaux pour concurrence déloyale. Or Baumaux accuse un bénéfice d’environ 800 000 euros...le mot déloyal fait sourire ! Kokopelli devra également verser 17 500 euros à l’état français pour vente de semences illégales. 5 000 euros seront consacrés à informer le peuple français sur les pratiques dangereuses de Kokopelli. Ce que cette décision de justice nous apprend - bien que la Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet a récemment reconnu que cette association ’... contribue à la biodiversité ’-, c’est qu’il est donc dangereux et illégal en France de protéger la biodiversité mais qu’inversement nous pouvons allègrement utiliser pesticides, engrais et OGM. Le monde ne tourne décidément plus rond !
Pour aider Kokopelli : http://www.kokopelli.asso.fr/proces-kokopelli/appel-a-dons.html