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Dans les pas du rhinocéros de Sumatra

 
Sumatra. Ici, au sein des dernières forêts tropicales humides vivent une poignée de rhinocéros de Sumatra, l’un des mammifères les plus rares de la planète. L’un des plus fascinants aussi. Plongée au cœur de cet Eden vert en compagnie d’une patrouille anti-braconnage, le RPU, chargé de la protection de cet étonnant mammifère. L’occasion aussi de découvrir l’incroyable biodiversité de ces lieux comprenant notamment la rafflésie, détenant le titre de plus grosse fleur du monde, le scarabée rhinocéros, le gibbons, les diptérocarpes et le très charismatique orang-outan.

Si les premières descriptions des rhinocéros datent du 16ème siècle, il fallut attendre la toute fin du 18ème pour que le monde occidental fasse la connaissance du plus petit d’entre eux, le rhinocéros du Sumatra, le plus proche cousin du rhinocéros laineux préhistorique. Encore aujourd’hui, c’est, avec son voisin javanais, le moins connu de la famille. Il n’en fallait pas moins pour titiller la curiosité de deux naturalistes en herbe,même si nous avions tous deux en tête l’expédition rocambolesque du naturaliste anglais Redmond O’Hanlon, parti à la recherche de rhinocéros de Sumatra peuplant encore supposément quelques recoins de forêts sur l’île de Bornéo. Une mission dont il revint bredouille.

Dans les forêts de Way Kambas et de Bukit Barisan, la Rhino Protection Unit travaille au suivi des rhinocéros. Mais leur mission consiste également à effectuer des patrouilles anti-braconnage et anti-exploitation illégale de bois dans le parc et à remonter les filières pour démanteler les trafics de faune. Grâce à leur action, le braconnage de rhinocéros pour leur corne a quasiment disparu depuis 2000. Un beau résultat.

(JPG) Nous avons d’abord fait étape à Way Kambas puis à Bukit Barisan et, au travers d’un jeu de piste en forêt et grâce à l’expérience de terrain de l’équipe, nous avons pu brosser un portrait robot et un inventaire des us et coutumes du rhinocéros de Sumatra mais aussi imaginer la grande faune peuplant le sous bois, tapir, éléphant ou tigre, en lisant les innombrables traces dans le sol spongieux et fangeux.

(JPG) Dernière étape de notre enquête, le parc national de Gunung Leuser. Ce papillon ouvrant ses ailes sur les deux provinces du nord de l’île, abrite au sein de ses 10 000 km2 une biodiversité surprenante. Avec les deux autres parcs nationaux de Bukit Barisan Selatan et de Kerinci Seblat, Gunung Leuser s’inscrit dans un cluster de forêts tropicales ombrophiles ayant rejoint en 2004 la liste du patrimoine mondial de L’UNESCO. On y dénombre plus de 10 000 espèces de plantes dont 17 genres endémiques, 200 espèces de mammifères et 580 espèces d’oiseaux sans compter insectes, reptiles et amphibiens encore plus abondants et variés. Parmi les hôtes de marque : le rhinocéros bien sûr, mais également l’orang-outan.

Cependant, près de 75% de la couverture forestière du pays a déjà été perdue, rasée, brûlée, sacrifiée, assassinée ! Ce fut d’abord l’exploitation du bois et l’industrie de contreplaqué gérées par une véritable mafia qui, dès les années 1966 avec l’arrivée de l’ex-dictateur Suharto au pouvoir, s’attaqua aux forêts du pays puis aux parcs nationaux comme celui de Gunung Leuser, lorsque les essences précieuses vinrent à manquer ailleurs. Aujourd’hui s’y sont ajoutées l’industrie de la pâte à papier et celle de l’huile de palme.

Heureusement, face à ce constat dramatique, l’initiative façon éco-mercenaire, de la Rhino Protection Unit nous a démontré que le succès en matière de protection d’une espèce était possible. Espérons que les autres espèces et surtout les forêts qui les abritent, tant malmenées, trouveront également de tels anges gardiens, avant qu’il ne soit trop tard !

Reportage réalisé par Cyril RUOSO (photographies) et Emmanuelle GRUNDMANN (textes et enquête)