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98,6 ou 99,4% ... Quels sont ces gènes qui nous séparent des chimpanzés et des bonobos ?

 
Le point de vue de deux spécialistes

Dès lors qu’il s’agit de grands singes, nous parlons immédiatement de 98,6 et 99,4 % de gènes en commun, comme pour mieux justifier notre parenté avec ces cousins pourtant déjà si proches de l’homme tant par leur morphologie que par leur comportement. Afin de mieux comprendre ces liens qui nous unissent aux grands singes mais aussi les particularités de notre espèce Homo sapiens, nous avons questionné Véronique Barriel paléoanthropologue au Museum national d’Histoire Naturelle de Paris et André Langaney, généticien et directeur du laboratoire d’anthropologie biologique du Musée de l’Homme.

-  Que signifie ce pourcentage ?
-  (Véronique Barriel) : Parmi toutes les espèces actuelles de primates, les chimpanzés et les bonobos sont celles dont l’ADN ressemble le plus fortement à celui de l’homme en terme de pourcentage, de ressemblance génétique globale. Cependant, on cherche maintenant à cerner non plus les ressemblances (99% d’identité) mais les différences (les 1% restant) en espérant identifier les caractéristiques propres à l’homme.
-  (André Langaney) De façon intéressante, une étude de Svante Paabo de l’institut Max Planck semble montrer beaucoup plus de différences de séquence dans les gènes exprimés dans le cerveau que dans ceux qui s’expriment dans les autres organes. Si tout cela confirme sans équivoque une origine phylogénique commune proche (se situant entre 7 et 9 millions d’années), cela ne signifie pas que les grands singes sont "à 99% comme nous".
-  Est-il alors encore juste et pertinent de parler de propre de l’homme ?
-  (Véronique Barriel) : Chaque espèce est unique et possède son “propre” ! Identifier le propre de l’homme est un débat plus philosophique que scientifique. Pourquoi ne pas chercher à identifier le “propre” du bonobo par exemple ? Et comme l’a écrit Darwin « Si l’homme n’avait pas été son propre classificateur, il n’aurait jamais songé à fonder un ordre séparé pour sa propre réception »
-  (André Langaney) : Je pense que, comme le disait très justement Desmond Morris "nous ne descendons pas des singes puisque nous SOMMES des singes !". C’est zoologiquement évident : mais cela ne veut pas dire que le bonobo est un humain, ni que nous sommes des chimpanzés... et à ce jour, la pratique du langage nous différencie réellement. Là se situe le propre de l’homme.