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On a tous quelque chose en nous de chimpanzé !

Une étude américaine montre que la séparation Homme-Chimpanzé serait bien plus récente que toutes les thèses admises jusqu’ici
 

La querelle a éclaté le 17 mai, lors de la publication d’un article par la prestigieuse revue britannique NATURE. Selon les auteurs, quatre généticiens américains, Hommes et Chimpanzés entretiendraient des liens bien plus étroits que tout ce que l’on avait imaginé jusqu’à maintenant. Pas de quoi lancer une révolution ! Certes, mais les paléontologues ne l’entendent pas de cette oreille-là. Selon les résultats de l’équipe, obtenus en comparant l’ADN des deux espèces, la spéciation, c’est-à-dire la séparation en deux espèces distinctes, se serait opérée il y a environ 6 millions d’années et non pas 8, 9 ou 10, comme l’avaient avancé les spécialistes de fossiles. Et il y a pire : les chercheurs sont persuadés que les deux espèces qui venaient à peine de divorcer auraient continué à se fréquenter, à se rabibocher et à se conter fleurette pendant plus d’un million d’année. Notre vieux fantasme de la belle et la bête reprend ainsi du service avec ce métissage avéré. Nous aurions donc tous quelque chose en nous de chimpanzé.... Voilà de quoi faire sauter au plafond tous les adeptes d’une vision anthropocentrique du monde, qui place l’homme au sommet de l’évolution. Quant aux paléontologues, voilà leurs fossiles vedettes passés du rôle de plus vieil ancêtre de l’homme à celui de banal grand singe. Que faire de Toumaï découvert au Tchad en 2001 par exemple ? Il vivait il y a 7 millions d’années, une époque où hommes et chimpanzés ne formaient alors encore qu’une seule et même espèce ? Les inventeurs de Toumaï, Orrorin & Co sont unanimes, ils ne peuvent avaler la nouvelle théorie des généticiens et pour eux, les vieux os parlent bien plus que quelques gènes éparpillés sur des chromosomes !

(JPG) Mais alors, que penser de tout cela ? D’abord, il faut savoir que les paléontologues veulent à tout prix isoler le plus tôt possible la lignée humaine de celle des grands singes. Et entre eux, la bataille fait rage pour savoir qui de leurs fossiles détiendra le rôle-titre de premier homme. Ensuite, ce que cet article nous apprend, c’est que tout ce que nous pouvions soupçonner, eu égard aux observations comportementales des grands singes actuels, se révèle plus que jamais exact : hommes et grands singes font bel et bien partie du même album de famille. Quant à savoir s’ils ont flirté ; les frontières entre espèces ressemblent souvent à des passoires, c’est donc plus que plausible et probable. Finalement, le plus important à retenir de tout cela, c’est que nous sommes intimement liés aux grands singes et que nous devrions leur prêter un peu plus d’égard et d’attention car sinon, ils rejoindront bientôt par notre faute, la longue et très ouverte liste des espèces disparues .

Par Emmanuelle Grundmann

Article paru dans le journal ELLE (Mai 2006)