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Localisés dans une petite enclave de forêt inondée, limitée par le fleuve Congo au nord et la rivière Kasaï au sud, les bonobos, également dénommés chimpanzés pygmées, ne vivent que là, sur ces terres de la province de l’Equateur, déchirées par les guerres civiles successives.
Longtemps confondu avec le chimpanzé, c’est à un anatomiste allemand, Ernst Schwartz intrigué par un crâne au musée colonial de Tervuren en Belgique, trop petit pour être celui d’un chimpanzé, que l’on doit la découverte du bonobo en 1929. Plus élancé que son cousin, le bonobo est très arboricole et rechigne à se promener longtemps sur la terre ferme. Avec ses favoris et sa coiffure presque trop sage, il vit au rythme de « faites l’amour pas la guerre ». En effet, le sexe se substitue à la violence pour résoudre les conflits et sert de véritable ciment social. De plus, ce sont les femelles qui dirigent et prennent les décisions dans la communauté comptant quelques dizaines d’individus. Frugivores, les bonobos consomment aussi de nombreuses herbes, du miel, des champignons et parfois quelques insectes et petits vertébrés mais ne pratiquent pas la chasse.
S’il fut découvert puis étudié tardivement, ce grand singe oublié risque surtout de figurer au rang des espèces disparues dans un avenir très proche. Estimée à 100 000 individus en 1980, la population aurait été divisée par dix en moins de deux décennies. Si le braconnage reste l’une des causes majeures de son déclin, il est cependant très clairement associé aux troubles politiques du pays, la RDC. Situés dans la zone de combat, les bonobos ont fait les frais d’un conflit au cours duquel, les protagonistes, rebelles affamés ou militaires dont les salaires sont restés impayés, n’avaient d’autre choix, pour améliorer leur quotidien, que de pratiquer chasse et trafic. Cependant, le rôle des exploitations forestières, comme pour les autres grands singes, ne doit pas être ignoré. Les routes, telles des plaies béantes tracées au cœur même de jungles autrefois impénétrables, représentent autant d’artères par lesquelles les forêts se sont vidées de leur patrimoine vivant. Puis ces animaux, ainsi extirpés de leur biotope, empruntent les baleinières, bateaux destinés à acheminer les grumes vers les villes, avant de finir sur les étals des marchés du pays. La survie du bonobo est liée, ici, à la volonté que voudront bien mettre les congolais dans la reconstruction de leur pays, dévasté et pourtant si riche.
E. Grundmann